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Algorithmes de rencontre : comment les réseaux sociaux anticipent nos désirs secrets

Ce petit vertige, cette impression d'être deviné·e avant même d'avoir formulé le moindre mot, c'est précisément le terrain que l'émission SWITCH ON, diffusée sur Radio Monaco, a choisi d'explorer…

Soline Béranger·mis à jour 08 septembre 2026

Algorithmes de rencontre : comment les réseaux sociaux anticipent nos désirs secrets

y a ce moment que beaucoup d'entre nous avons connu, un soir, devant l'écran — celui où l'on se demande à voix haute comment la plateforme a bien pu deviner ce qui nous attire. Ce petit vertige, cette impression d'être deviné·e avant même d'avoir formulé le moindre mot, c'est précisément le terrain que l'émission SWITCH ON, diffusée sur Radio Monaco, a choisi d'explorer cette semaine, en interrogeant la mécanique invisible par laquelle les plateformes devinent nos affinités sans que nous ayons rien fait pour cela.

Ce que les plateformes lisent vraiment de nous

Quand on ouvre une fenêtre de tchat, quand on glisse d'un profil à l'autre, on imagine souvent que nos choix parlent pour nous. En réalité, comme le rappelle le sujet de SWITCH ON, c'est bien avant le premier clic que les systèmes commencent à nous cerner: le temps passé sur une page, les hésitations, les retours en arrière, les heures de connexion, tous ces micro-signaux que nous ne percevons même pas dessinent, en silence, une cartographie de nos attentes. Une architecture qui ne lit pas nos mots mais nos gestes, et qui apprend, lentement, à anticiper ce qui pourrait nous retenir.

Pour celles et ceux qui fréquentent les espaces de rencontre et de conversation libre, cette mécanique n'est pas anodine: elle façonne la première impression que nous aurons d'un interlocuteur ou d'une interlocutrice, et parfois même le sentiment, fugace mais tenace, que l'autre nous a été « envoyé·e ». Le Monde publie cette semaine un dossier consacré à ce piège, en s'interrogeant sur la manière dont les plateformes et l'IA peuvent renforcer l'isolement au lieu de le dénouer.

Ce que dit une étude récente sur les avertissements

Une étude publiée le 4 septembre 2026 par Stanford Medicine dans la revue JAMA Health Forum, et relayée par Pourquoi Docteur, s'est penchée sur un sujet voisin: celui des messages d'avertissement apposés sur les plateformes auprès des jeunes utilisateurs. Quatre États américains ont légiféré en ce sens, dont le Minnesota où la mesure est en vigueur depuis deux ans, tandis que la Californie et New York l'appliqueront à compter du 1er janvier 2027.

Les chercheurs ont réuni 1 012 jeunes, âgés de 13 à 29 ans, et leur ont présenté quatorze messages d'avertissement portant sur six thèmes de santé — dépendance, image corporelle, troubles du sommeil, dépression, anxiété, santé mentale globale — ainsi qu'un message neutre de contrôle. Verdict: tous les avertissements ont été jugés plus efficaces qu'un simple message invitant à faire une pause, et ceux évoquant les dommages sur la santé mentale, la dépression et l'anxiété ont été perçus comme les plus marquants, aussi bien chez les adolescents que chez les jeunes adultes. L'étude montre aussi que ces messages ont renforcé la connaissance effective des risques liés aux plateformes, et pas seulement l'intention de s'en éloigner.

Ce que nous pouvons faire, concrètement

Tout l'enjeu, pour nous, est de transformer cette connaissance en geste simple, sans renoncer pour autant à la douceur d'une conversation bien commencée. Quelques repères:

  • Se souvenir que notre première impression d'un profil est déjà orientée par ce que la plateforme a choisi de nous montrer. Avant de conclure à une affinité, il peut être précieux de retrouver cette personne en dehors du circuit recommandé.
  • Varier les moments et les espaces de connexion. Une plateforme qui nous connaît bien apprend aussi à nous enfermer dans un certain type de profils, et finit par étouffer la surprise, ce sel rare des rencontres véritables.
  • Accueillir les silences et les hésitations, plutôt que de les redouter. Ce sont précisément ces aspérités qui permettent à une conversation de devenir autre chose qu'une suite de suggestions automatisées.
  • Garder en tête, enfin, que derrière chaque écran, il y a une personne qui mérite d'abord d'être cherchée pour elle-même, et non pour la manière dont l'algorithme a appris à nous la présenter.

Le sujet sera par ailleurs discuté lors d'une rencontre à la Gaîté Lyrique consacrée à l'IA et aux réseaux sociaux vue par la génération Z. Dans le tumulte des recommandations, le geste le plus simple et le plus rare reste celui-ci: reprendre la main sur le choix de celles et ceux à qui nous voulons réellement parler. C'est peut-être cela, au fond, le véritable art de la tchatche — non pas répondre vite, mais choisir lentement à qui l'on offre sa présence.