Chatfishing : quand l'intelligence artificielle s'invite dans vos rencontres amoureuses
Un article publié par News24 le 13 août 2026 pose une question qui nous concerne toutes et tous, dès lors que l'on s'aventure dans les salons de discussion ou les applications de rencontre: et si…
Soline Béranger·mis à jour 20 août 2026

Un article publié par News24 le 13 août 2026 pose une question qui nous concerne toutes et tous, dès lors que l'on s'aventure dans les salons de discussion ou les applications de rencontre: et si nous tombions amoureux, non pas de quelqu'un, mais de l'invite qu'un autre a soigneusement élaborée pour nous séduire?
Derrière ce néologisme — le « chatfishing » — se cache un phénomène naissant: des personnes qui confient à une intelligence artificielle le soin de rédiger leurs messages, de choisir leurs répliques, de maintenir l'illusion d'une présence constante et disponible. Ce que nous croyions être une conversation à deux devient, parfois, un dialogue dont la moitié est écrite par un algorithme. Et c'est précisément là que le malaise s'installe, parce que la promesse même du lien — cette réciprocité fragile où chaque mot engage celui qui l'envoie — se trouve soudain vidée de sa substance.
Ce que cette découverte réveille en nous
Lorsque l'on apprend que la personne qui nous écrivait chaque soir avec une justesse troublante s'appuyait sur un outil automatisé pour formuler ses pensées, quelque chose se brise, même subtilement. Ce n'est pas tant la performance qui nous déçoit que l'asymétrie des attentes: nous pensions parler à un être, et nous parlions à un reflet. Le silence qui suit la découverte n'est plus seulement celui de l'absence, il devient celui d'une trahison douce, presque involontaire. Car comment reprocher à quelqu'un de vouloir bien faire, de soigner ses mots, d'être plus éloquent que nature? Et pourtant, nous sentons confusément que l'authenticité du lien s'en trouve entamée.
Ce bouleversement n'est pas qu'anecdotique: il rejoint un mouvement de fond que rapporte NL Times le 18 août 2026, à propos des utilisateurs néerlandais. Un nouveau rapport y montre que les applications de rencontre comme Tinder ou Bumble perdent rapidement en popularité, en raison d'une fatigue du swipe et d'un retour marqué vers les rencontres hors écran.
Ce que nous pouvons faire, sans renoncer aux écrans
La tentation serait grande, face à ces révélations, de refermer nos applications et de nous réfugier dans une méfiance généralisée. Mais ce serait oublier que le problème ne réside pas dans l'outil lui-même, mais dans le contrat implicite qui se noue entre deux personnes qui choisissent de s'écrire. Un contrat silencieux, fait de mots échangés, de silences tolérés, d'une attente réciproque d'authenticité.
Quelques réflexes simples peuvent nous aider à préserver cette fragilité précieuse. D'abord, accepter que les conversations en ligne ne sont qu'un premier tissage, un avant-goût de ce qu'une rencontre réelle pourra confirmer ou infirmer. Ensuite, ne pas hésiter à demander, avec douceur, comment l'autre vit ses propres échanges — sans suspicion, mais avec la curiosité ouverte de celles et ceux qui souhaitent vraiment connaître l'autre. Enfin, accepter que la maladresse fait partie du lien: un message imparfait, écrit d'une main tremblante, vaut souvent plus que la réplique la plus élégante dictée par une machine.
Car c'est peut-être dans cette imperfection partagée que se loge la tendresse durable, celle qui résiste aux modes comme aux algorithmes.