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L'usage paradoxal de l'intelligence artificielle dans les rencontres en ligne

Selon une enquête menée par Gleichklang auprès de 408 célibataires membres, près de quatre utilisateurs sur dix ont déjà sollicité l'intelligence artificielle pour rédiger leur profil ou composer…

Lilian Barret·mis à jour 24 août 2026

L'usage paradoxal de l'intelligence artificielle dans les rencontres en ligne

L'intelligence artificielle dans le dating en ligne: utilisée, mais mal aimée

Selon une enquête menée par Gleichklang auprès de 408 célibataires membres, près de quatre utilisateurs sur dix ont déjà sollicité l'intelligence artificielle pour rédiger leur profil ou composer leurs premiers messages — et pourtant, une majorité d'entre eux désapprouve cette pratique. Ce décalage entre usage et jugement dessine une tension nouvelle au cœur des sociabilités numériques: on consomme l'outil, mais on refuse de s'y reconnaître publiquement.

Un outil du quotidien, surtout pour la mise en scène de soi

Les chiffres sont sans ambiguïté: 27 % des sondés ont utilisé l'IA pour rédiger leur autoportrait, 19,6 % pour obtenir des conseils de stratégie, 19,1 % pour composer un premier message, 19,1 % pour rédiger d'autres réponses et 14,7 % pour retoucher des photos. L'usage est devenu banal, presque domestique — une assistance rédactionnelle glissée dans la routine du swipe. Les écarts entre hommes et femmes restent marginaux, signe d'une adoption transversale plutôt que genrée. L'IA s'est installée au moment le plus exposé du rituel: celui où l'on se présente à des inconnus, où la première impression se construit en quelques secondes. L'enquête, pilotée par le psychologue Guido F. Gebauer, reposait sur un questionnaire long de 45 à 60 minutes — une durée qui en dit long sur la volonté de comprendre, et non de survoler, les comportements.

Le paradoxe de l'aide qu'on n'assume pas

L'analyse par clusters sépare les répondants en deux groupes nets: 34,1 % d'utilisateurs identifiés, 65,9 % de non-utilisateurs. Mais même au sein du premier groupe, la perception reste majoritairement négative. On fait appel à la machine pour combler un manque — temps, inspiration, assurance — tout en conservant une image de soi fondée sur l'authenticité revendiquée. C'est tout le paradoxe des communautés numériques contemporaines: la performativité s'automatise, mais le discours sur la spontanéité reste intact. Utiliser l'IA revient à reconnaître, en creux, que l'effort de séduction est devenu un véritable travail — un travail qu'on préfère déléguer sans en endosser la responsabilité symbolique. On assiste à une ambivalence structurelle: l'outil s'impose dans la pratique, mais demeure minoritaire dans l'identité qu'on se donne.

Ce que ça change concrètement

Pour celles et ceux qui fréquentent les tchats et les applis, trois ajustements méritent d'être considérés. D'abord, interroger la nature de l'échange: un message rédigé par un algorithme crée-t-il une rencontre, ou seulement l'illusion d'une rencontre? Ensuite, accepter qu'un outil aussi banalisé finisse par transformer les attentes de l'autre camp — si tout le monde peaufine, l'imperfection redevient un signal de sincérité. Enfin, rappeler qu'une relation sur cinq au Royaume-Uni naît désormais dans une application, selon YouGov, et que la qualité de l'attention reste le seul véritable facteur distinctif. L'IA ne remplacera pas l'élan; elle ne fait que différer le moment où il faudra bien le produire soi-même.