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Le vertige des réseaux sociaux : quand la parole libérée devient une architecture de l'addiction

Il y a, dans cette expression que Le Point met en mouvement — un peuple sans filtre — quelque chose qui ressemble à la fois à une promesse et à une fatigue.

Soline Béranger·mis à jour 14 août 2026

Le vertige des réseaux sociaux : quand la parole libérée devient une architecture de l'addiction

Comme si, derrière l'idée d'une parole enfin libérée, venait presque aussitôt le vertige de ne plus savoir à qui nous parlons vraiment, ni même si nous parlons encore à quelqu'un. Et c'est précisément parce que ce vertige-là nous habite, nous qui cherchons à nouer des liens dans l'immensité numérique, que la question mérite d'être posée autrement que sous le seul angle du scandale.

Quand la connexion devient piège

Comme le rapportent plusieurs médias, dont La Tribune et next.ink, plus de 3 000 plaintes ont été déposées aux États-Unis contre Meta, TikTok, Google et Snap, accusés d'avoir conçu leurs plateformes pour provoquer une addiction, notamment chez les plus jeunes. Une cour d'appel fédérale du 9ᵉ circuit, à San Francisco, a rejeté l'argument invoqué par Meta et TikTok, qui espéraient s'appuyer sur la Section 230 du Communications Decency Act pour interrompre les procédures avant tout procès. Le procès Meta doit s'ouvrir ce mercredi 12 août à Oakland, en Californie, avec la sélection des jurés.

Ce qui se joue derrière ces audiences dépasse la seule bataille juridique entre procureurs généraux et géants du numérique. C'est, à une échelle que peu d'entre nous mesurons encore, la définition même de ce que devient une « conversation » lorsque l'autre côté de l'écran n'est pas une personne, mais une architecture pensée pour retenir notre attention. Une mécanique qui, d'après les documents cités par next.ink, pourrait valoir à Meta jusqu'à 1 400 milliards de dollars de réparations si les procureurs obtenaient gain de cause — chiffre vertigineux, qui dit avec force combien la question a désormais débordé le simple cadre du confort d'utilisation.

Ce que cela change, pour celles et ceux qui écrivent

Pour celles et ceux qui, comme beaucoup de nos lectrices et lecteurs, cherchent à faire du tchat un espace de rencontre véritable et non de simple défilement, l'enseignement n'est pas dans la panique. Il est dans la lucidité. Quelques réflexes simples — et qui n'ont rien de la grande rupture — peuvent transformer la texture de nos échanges: ralentir la cadence des réponses pour laisser place au silence qui fait grandir une confidence, choisir volontairement une fenêtre sans notification pour écrire à une seule personne, accepter que certains messages resteront sans réponse et que cela ne nous définit pas, ou encore reconnaître notre propre besoin d'être vu avant de le projeter sur l'autre.

Le procès qui s'ouvre à Oakland, suivi par tv5monde dans son débat consacré à la surveillance des corps, ne nous demande pas de quitter les écrans. Il nous invite, plus doucement, à décider du type de présence que nous voulons y incarner. Filtrer n'est pas mentir; c'est, parfois, simplement choisir la lenteur là où tout nous pousse à l'urgence. Et si le peuple sans filtre disait justement, à sa manière, son besoin d'apprendre à nouveau le rythme des phrases qui résonnent?