Shrekking, cookie-jarring : décryptage du nouveau lexique amoureux numérique
Selon le Guardian, nous voici entrés dans une ère où les dynamiques relationnelles numériques engendrent leur propre lexique, un langage codé qui nomme parfois nos maladresses, parfois nos peurs.
Soline Béranger·mis à jour 06 août 2026

Ce n’est plus seulement ghoster ou être catfished; des termes comme le « shrekking » – où l’on se met volontairement en retrait pour faire fuir l’autre – ou le « cookie-jarring », cette tendance à garder quelqu’un en attente comme une friandise en réserve, dessinent les contours d’une géographie émotionnelle où les silences et les stratagèmes prennent une place nouvelle.
Une sémantique de l'incertitude
Cette floraison de néologismes, loin d’être un simple jeu de mots, révèle une tentative collective de cartographier des territoires affectifs souvent non balisés. Derrière ces appellations, il y a la volonté, peut-être, de rendre audible un malaise partagé: celui de l’asymétrie des attentes dans l’espace numérique. Nommer le « shrekking », c’est donner une forme tangible à cette stratégie de repli défensif, ce moment où, submergé par l’incertitude, on opte pour une fuite passive plutôt que pour la vulnérabilité d’un refus explicite. Le « cookie-jarring », quant à lui, parle de cette peur du vide relationnel qui nous pousse à accumuler des possibilités, sans jamais véritablement s’engager dans l’une d’entre elles. C’est le symptôme d’une connectivité perpétuelle qui peut, paradoxalement, alimenter une solitude plus diffuse.
Des réponses pratiques, mais humaines
Face à ce paysage lexical en perpétuelle mutation, certaines plateformes tentent de réorienter la conversation vers des gestes plus concrets et ancrés. Hinge, par exemple, vient de publier un guide rédigé par sa chercheuse en relations, Logan Ury, destiné aux personnes s’installant dans une nouvelle ville. L’idée n’est pas de décrypter un jargon, mais de proposer des ancrages réels: considérer votre déménagement comme une « page blanche » propice à de nouvelles habitudes, intégrer une question engageante dans votre profil pour amorcer un dialogue, ou privilégier un premier rendez-vous sous forme d’activité légère plutôt qu’un entretien formel. C’est un rappel que derrière chaque interaction textuelle, il y a un désir de rencontre physique et sincère, une envie de sortir de l’écran.
L'hybride comme refuge
Pendant ce temps, à Riga, une expérimentation plus radicale tente de faire le pont. Huit bars testent une application géolocalisée baptisée « Meet Me At The Bar », dont le concept même court-circuite l’attente et la planification virtuelle. Il s’agit de favoriser la rencontre immédiate, là où les deux personnes se trouvent simultanément dans un même espace physique. Cette initiative incarne une contre-réaction fascinante: là où le vocabulaire du dating en ligne prolifère pour nommer les décalages et les trahisons, certains cherchent à réduire l’intervalle entre l’envie et la présence, à créer des points de contact directs où les « termes » n’ont plus cours, remplacés par un regard et une conversation directe. C’est peut-être là, dans cet entre-deux qui tente de tisser du lien concret à partir d’outils numériques, que se loge une réponse aux angoisses que nos nouvelles langues cherchent à exprimer.