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Pourquoi nos cerveaux sont-ils devenus accros aux réseaux sociaux ?

planetesante.ch nous invite à regarder en face ce geste devenu si banal qu'on en oublie la question: pourquoi est-il si difficile de raccrocher vraiment, de quitter ces écrans qui n'attendent que notre retour?

Soline Béranger·mis à jour 18 septembre 2026

Pourquoi nos cerveaux sont-ils devenus accros aux réseaux sociaux ?

Derrière le pouce qui scrolle dans le métro ou tard le soir dans le lit, ce sont des architectures entières de l'attention qui se déploient, et c'est précisément ce que viennent éclairer les neurosciences interrogées par le média suisse.

L'anatomie d'une captation qui ne dit pas son nom

Les algorithmes des plateformes ne laissent rien au hasard: ils sont conçus pour activer le système cérébral de la récompense, en s'appuyant sur des connaissances précises venues des neurosciences. C'est ce que rappelle la Dre Sophia Achab, médecin adjointe aux Hôpitaux universitaires de Genève et codirectrice du Centre collaborateur de l'OMS pour la recherche et la formation en santé mentale. Andrea Pereira, docteure en psychologie et directrice de l'association genevoise Minds, complète ce tableau en soulignant que les contenus proposés déclenchent des émotions fortes — colère, dégoût, tristesse — qui captent l'attention et rendent la déconnexion difficile à opérer.

Nous touchons là à quelque chose qui résonne en chacun de nous: ce fil silencieux qui nous retient, cette notification qui transforme une seconde d'ennui en petit pic de dopamine, ce sentiment diffus d'être attendu, à toute heure, par des regards numériques que nous ne verrons jamais. Les plateformes l'ont compris depuis longtemps — notre attention vaut de l'or, et le temps passé devant l'écran, comme l'engagement que nous y mettons, sont au cœur même de leur modèle économique.

Ce qui se joue pour les plus jeunes

Jusqu'à vingt-cinq ans, le cerveau est encore en pleine réorganisation, rappelle la Dre Achab: les jeunes ne sont pas toujours en mesure de contrôler leurs impulsions, et les algorithmes jouent précisément sur cette vulnérabilité en activant des circuits courts qui se passent de toute réflexion. Une réalité que la France a tenté d'encadrer par une loi votée fin juillet — censurée depuis par le Conseil constitutionnel —, et que le président Emmanuel Macron entend désormais porter au niveau de l'Union européenne, comme le rapporte Le Dauphiné Libéré.

À Vienne, en Isère, une adolescente de quatrième résumait sans détour ce qu'une telle interdiction signifierait pour elle: continuer à parler avec ses copines sur Snapchat, sans avoir besoin de carte SIM, comme elle le confiait à la rédaction du journal local. Sa mère, de son côté, confiait détester ces outils qu'elle ne parvient pas à contrôler, évoquant un cauchemar parental au quotidien. Entre l'attachement viscéral au lien entre pairs et l'inquiétude de ceux qui veillent, c'est toute l'asymétrie de notre rapport aux écrans qui se dessine, génération après génération.

Repères pour ne pas s'y perdre

L'OMS, précise encore la Dre Achab, réserve le terme d'addiction aux jeux vidéo et aux jeux d'argent, qui répondent à des critères diagnostiques précis; l'usage excessif des réseaux sociaux entre, lui, dans la catégorie des troubles liés à des comportements non spécifiés, et la prise en charge d'un usage problématique s'inspire néanmoins de celle proposée pour les autres comportements addictifs. Deux critères permettent de déceler qu'un usage devient problématique: l'impact négatif sur le quotidien — perte d'intérêt, isolement, résultats scolaires qui soudainement chutent — et la souffrance que ressent la personne. L'important n'est pas tant le nombre d'heures passées à scroller que la qualité de ce qu'on y fait: publier, créer, échanger laisse souvent un sentiment plus doux que le défilement passif, note Andrea Pereira. Et quand un compte ne nous fait pas du bien, le supprimer, tout simplement, reste un geste à la portée de chacune.

Car les réseaux sociaux gardent aussi une fonction sociale précieuse, concluent les spécialistes interrogés par planetesante.ch: ils nous permettent de rester en contact, de retrouver une conversation, de répondre à cette attente qui parfois nous habite. Interdire ne suffit pas — encore faut-il recréer, ailleurs, des espaces où le lien se tisse sans nous retenir captifs.