Réseaux sociaux en Belgique : le projet d'interdiction aux moins de 15 ans en question
Selon La Libre, la Belgique n’a pas encore tranché l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans: le projet porté au fédéral reste en discussion entre cabinets.
Soline Béranger·mis à jour 27 juillet 2026

Derrière l’âge inscrit dans le débat, il y a une question plus intime pour tous ceux qui habitent les espaces de conversation en ligne: comment protéger les plus jeunes sans faire de chaque échange, de chaque pseudonyme, une porte à franchir sous contrôle?
La mesure devait, selon le calendrier initialement annoncé, arriver devant le conseil des ministres avant le 21 juillet. Le 22 juillet, aucun texte n’avait encore été soumis au gouvernement. Les désaccords portent notamment sur le seuil lui-même: 15 ans dans la proposition de la ministre du Numérique Vanessa Matz, 13 ans pour d’autres interlocuteurs.
Un âge ne résout pas l’asymétrie des protections
Le débat donne parfois l’impression qu’un chiffre pourrait suffire à remettre de l’ordre dans les liens numériques. Or le rapport du groupe de travail de l’Union européenne sur la sécurité des mineurs en ligne, publié début juillet, recommande de restreindre l’accès aux réseaux sociaux avant 13 ans tout en laissant aux pays la possibilité d’aller plus loin.
Vanessa Matz a jugé cette approche trop peu ambitieuse, tout en soulignant un autre silence, plus difficile à combler: vérifier un âge efficacement sans demander à chacun sa carte d’identité, son visage ou d’autres données personnelles. C’est là que la promesse de protection rencontre la réalité des plateformes, de leurs procédures et de ce que nous acceptons de déposer, parfois sans y penser, pour pouvoir simplement parler aux autres.
Le pseudonyme, entre refuge et responsabilité
La piste belge évoquée par La Libre passerait par un tiers tel qu’Itsme ou MyGov pour effectuer les vérifications. L’idée serait de limiter l’exposition des données aux grands groupes qui exploitent les réseaux les plus populaires. Mais ce même dispositif pourrait aussi faciliter l’identification des personnes derrière des pseudonymes lors de faits de cyberharcèlement.
Cette double fonction explique la tension du dossier. Pour certains, le pseudonyme n’est pas un masque suspect: il peut être un refuge, la condition d’une parole encore fragile, notamment quand on cherche un espace pour se confier. Pour d’autres, l’absence de visage et de nom rend les violences plus difficiles à poursuivre. Il ne s’agit pas de nier l’un de ces besoins au profit de l’autre, mais de reconnaître qu’ils résonnent ensemble, et qu’une vérification conçue pour les mineurs peut transformer plus largement notre manière d’entrer en relation.
Ce que le débat laisse encore ouvert
La ministre flamande des Médias Cieltje Van Achter défend, elle, l’application de l’âge minimal de 13 ans déjà en vigueur pour l’inscription sur les réseaux, avec un contrôle contraignant assuré par les plateformes. Elle rejette la solution fédérale, qu’elle assimile à une logique de surveillance; Vanessa Matz a contesté cette lecture, rappelant que l’outil de vérification n’est jamais neutre.
Les discussions doivent reprendre après l’été, notamment après l’examen des propositions européennes. D’ici là, le débat belge rappelle une évidence calme: sécuriser les conversations des adolescents ne consiste pas seulement à fermer une porte à un certain âge. Cela oblige à décider qui tient la clé, quelles traces restent après le passage, et si l’on peut encore préserver, dans le tumulte des réseaux, un peu de cet espace où chacun ose écrire sans craindre d’être immédiatement exposé.