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Protection des mineurs : faut-il fixer l'âge de raison numérique à 13 ans ?

Selon BFM, le gouvernement britannique vient d'annoncer un couvre-feu numérique pour les adolescents de 16 et 17 ans — entre minuit et six heures du matin, les réseaux sociaux leur seront fermés.

Soline Béranger·mis à jour 17 juillet 2026

Protection des mineurs : faut-il fixer l'âge de raison numérique à 13 ans ?

Un silence programmé qui résonne autrement que les silences que nous connaissons si bien dans nos échanges en ligne, quand l'absence de réponse n'est qu'un choix, jamais une injonction.

Un dispositif qui s'étend et se durcit

Cette mesure prolonge l'interdiction déjà posée en juin pour les moins de 16 ans, dont l'entrée en vigueur est prévue pour début 2027. Le Royaume-Uni rejoint ainsi l'Australie, qui a instauré une mesure comparable en décembre dernier, et l'Indonésie, qui a suivi en mars. La France, le Canada et les Émirats arabes unis figurent parmi les autres pays ayant annoncé des dispositifs similaires.

Les mesures britanniques ne se limitent pas à un seuil d'âge. Le gouvernement souhaite que les plateformes désactivent par défaut, pour les 16-18 ans, les fonctionnalités jugées addictives — le défilement infini en tête — même si les utilisateurs pourront les réactiver manuellement. La ministre du Numérique, Liz Kendall, a estimé que ces mesures sont « cruciales pour aider les jeunes à obtenir le sommeil dont ils ont besoin, à se concentrer sur l'école et à passer plus de temps de qualité avec leur famille et leurs amis ». Des contrôles sur l'usage des chatbots d'intelligence artificielle sont également prévus, imposant des pauses régulières aux moins de 18 ans.

La question vertigineuse de l'âge de raison

Le Point soulève cette semaine une question qui dépasse le seul débat parental: 13 ans serait-il l'âge de raison numérique? Pour nous qui tissons des liens dans ces espaces de conversation, le sujet mérite qu'on s'y arrête. Le seuil de 16 ans choisi par le Royaume-Uni tranche net; le simple fait que l'hypothèse de 13 ans circule dans le débat public dit quelque chose de notre rapport collectif à la maturité numérique, et de cette asymétrie entre ce que les plateformes nous demandent et ce que nous sommes réellement prêts à y déposer de nous-mêmes.

Protection ou repli: le paradoxe des espaces en ligne

Si certaines associations de protection de l'enfance saluent ces réformes comme des mesures attendues de longue date, d'autres mettent en garde contre le risque de voir les jeunes repoussés vers des usages plus dangereux de l'internet. C'est un paradoxe qu'il faut entendre. Car repousser les plus jeunes hors des espaces où nous tissons nos liens numériques, ce n'est pas seulement réglementer un âge: c'est redessiner la géographie affective de nos conversations.

Pour celles et ceux d'entre nous qui fréquentent les tchats et les espaces de rencontre, ces mesures annoncent un tournant. À terme, l'identité et l'âge pourraient devenir des préalables à la simple conversation, touchant à ce que ces lieux ont de plus précieux: leur accessibilité et leur spontanéité.