Vers une régulation stricte des réseaux sociaux pour les mineurs
L'agence de presse Yonhap rapportait jeudi que la Commission coréenne des médias et des communications envisage de restreindre, par phases, la création de comptes sur les réseaux sociaux pour les…
Soline Béranger·mis à jour 17 juillet 2026

L'agence de presse Yonhap rapportait jeudi que la Commission coréenne des médias et des communications envisage de restreindre, par phases, la création de comptes sur les réseaux sociaux pour les enfants de moins de quatorze ans, tout en limitant pour les adolescents de quatorze à dix-neuf ans l'exposition aux designs et algorithmes susceptibles d'entraîner un usage excessif de ces plateformes. Sept propositions de loi sur le sujet auraient été déposées à l'Assemblée nationale, dans un mouvement que l'on retrouve désormais sur plusieurs continents. Pour nous qui faisons des espaces de tchat et de rencontre un lieu de lien choisi, cette nouvelle n'est pas qu'un fait divers législatif: elle touche à la manière même dont les nouvelles sociabilités numériques se construisent, et à la fragilité des refuges que nous avions appris à nous offrir en ligne.
Ce que cela change, concrètement, dans nos usages
La première chose que l'on peut faire, sans attendre un décret français ou européen, c'est observer ce qui, dans nos propres pratiques, ressemble déjà à ce que ces régulations cherchent à encadrer. Quand un adolescent arrive sur un salon de discussion et ne sait plus décrocher au bout de trois heures, quand un·e adulte se sent vide après une heure passée à faire défiler des profils, ce n'est pas la connexion qui pose problème, c'est l'architecture invisible qui maintient l'attention captive. L'enjeu coréen — limiter l'exposition aux designs qui mènent à l'usage excessif — concerne aussi les plateformes de tchat qui reprennent les mêmes mécaniques. Nous pouvons commencer par nous demander, dans le silence d'une soirée, quels espaces numériques nous laissent vraiment le temps de tisser une phrase, et lesquels nous pressent de répondre avant d'avoir compris ce que l'autre cherchait à dire.
Le fil international à suivre, sans s'y perdre
Le paysage se dessine lentement, et c'est peut-être un soulagement que de le voir prendre forme plutôt que de rester dans le flou. L'Australie est devenue le premier pays au monde à interdire les réseaux sociaux aux moins de seize ans, l'Union européenne a indiqué qu'elle présenterait un projet de loi pour restreindre l'accès des enfants après l'été, et le Royaume-Uni mettrait en place un couvre-feu nocturne pour les adolescents. La Corée du Sud, elle, prend soin de rappeler qu'une loi sur le couvre-feu des jeux en ligne, adoptée en 2011, a été abrogée en janvier 2022 après des critiques sur l'atteinte aux droits fondamentaux et l'impact négatif sur l'industrie du jeu. Le président de la KMCC lui-même parle d'un sujet à aborder prudemment. Cette prudence mérite d'être entendue: derrière l'envie légitime de protéger les plus jeunes, il y a la question de ce que nous voulons, collectivement, faire de ces lieux de rencontre. Les plateformes ne sont pas seulement des territoires à réguler, ce sont des refuges que certaines personnes n'ont nulle part ailleurs. À nous de rester attentifs, sans céder à l'inquiétude, pour que la protection des uns ne devienne pas l'isolement des autres.