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Exploitation sexuelle en ligne : un fléau qui touche un mineur sur cinq

Selon un rapport conjoint de l'Unicef, d'ECPAT International et d'Interpol, publié ce 3 septembre et relayé par l'UN News, environ vingt millions d'enfants âgés de 12 à 17 ans auraient subi, en…

Soline Béranger·mis à jour 03 septembre 2026

Exploitation sexuelle en ligne : un fléau qui touche un mineur sur cinq

Selon un rapport conjoint de l'Unicef, d'ECPAT International et d'Interpol, publié ce 3 septembre et relayé par l'UN News, environ vingt millions d'enfants âgés de 12 à 17 ans auraient subi, en l'espace d'une seule année, une forme d'exploitation ou d'atteinte sexuelle facilitée par les technologies numériques — dans les 21 pays couverts par l'enquête, qui a touché quelque 21 000 jeunes. C'est une réalité vertigineuse, à laquelle nous ne pouvons pas détourner le regard, parce qu'elle nous parle aussi de la manière dont nous habitons, ensemble, ces espaces numériques.

Ce que les chiffres murmurent

Derrière l'ampleur du chiffre, l'étude — dont La Dépêche a détaillé les principaux constats — décompose des réalités plus précises qui ne se laissent pas réduire à une seule mise en garde. Quinze millions d'enfants auraient été exposés à des contenus sexuels non désirés, neuf millions poussés contre leur gré vers des conversations à caractère sexuel ou vers le partage d'images, et quatre millions auraient vu des images à caractère sexuel les représentant diffusées sans leur consentement. Ce sont des ordres de grandeur, pas des visages — mais c'est justement cette distance qui rend la lecture si difficile à soutenir. Plus de quatre victimes sur dix n'en parlent à personne; moins de 1 % se tournent vers la police, les services sociaux ou une ligne d'assistance. Un quart disent qu'elles ne savent tout simplement pas à qui s'adresser. D'autres se taisent, par peur que leur téléphone leur soit retiré ou que les écrans leur soient interdits — ce qui revient, souligne le rapport, à demander aux enfants de se protéger d'Internet plutôt qu'à demander à Internet de protéger les enfants. Les jeunes victimes seraient par ailleurs quatre fois plus susceptibles que les autres d'avoir des pensées suicidaires ou de recourir à l'automutilation.

Quand la plateforme devient complice

Le cœur du rapport ne parle pas seulement des usages. Il parle de la manière dont les plateformes elles-mêmes, par leurs fonctionnalités, ouvrent la porte. Près de 60 % des faits se produisent sur les réseaux sociaux, et les auteurs exploitent ce qui est déjà là: les demandes de contact, les messageries privées, les faux profils, la fonction de repartage, et cette possibilité presque silencieuse de revenir après avoir été bloqué. Dans 57 % des cas, l'enfant connaissait déjà l'auteur des faits; dans 38 %, ils s'étaient rencontrés pour la première fois en ligne. Le numérique n'est donc pas seulement le lieu où survient l'abus — il peut devenir l'outil qui le facilite, le prolonge, l'amplifie, jusque dans les conversations privées que l'on croyait refermées.

Ce que nous pouvons faire, ici et maintenant

Ce rapport ne s'adresse pas aux seuls parents, ni aux seuls législateurs. Il nous invite, nous qui faisons des espaces numériques un lieu de lien, à interroger aussi notre propre rapport à ces plateformes, avec la même exigence que celle que nous mettons dans nos échanges. Quelques gestes simples, à hauteur de ce que nous sommes: vérifier les paramètres de confidentialité et de signalement des messageries que nous utilisons, plutôt que de faire confiance à leur fonctionnement par défaut; identifier à l'avance, pour nous-mêmes et pour les plus jeunes que nous accompagnons, les structures vers lesquelles se tourner dans notre pays; et, quand un adolescent choisit de se confier, accueillir d'abord ce qu'il dit avant toute question pratique, sans jamais faire peser sur lui la menace d'un retrait d'écran. Si l'architecture des plateformes peut amplifier la violence, rappelle le rapport, elle peut aussi être repensée pour la contenir. D'ici là, la manière dont nous occupons ces espaces, et dont nous prenons soin de celles et ceux qui s'y aventurent, reste notre première réponse.